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Le blog du coach > Entraîner des filles, est-ce différent que d’entrainer des garçons ?
Dans le monde sportif, il est rare de voir des entraineurs avoir des résultats identiques avec des filles et des garçons (on se place ici dans le cas de très bons résultats). Si cela peut arriver dans quelques sports individuels, je pense que c'est exceptionnel dans les sports collectifs. Alors est-ce une question de psychologie et de communication, de formation d'entraineurs, de choix financiers en rapport avec la plus grande médiatisation des sports masculins ? Les différences physiologiques entre garçons et filles touchent en priorité les caractéristiques anatomiques et les processus métaboliques. Sous l’influence des hormones sexuelles (progestérone, œstrogène et testostérone) il y a une multitude d’effets à tous les niveaux qui influencent la performance athlétique : - métabolique,Différence de VO2max : elle est due à la différence de masse grasse entre hommes et femmes adultes (proportionnellement plus élevée pour le sexe féminin) et du taux sanguin en hémoglobine plus faible chez la femme. La VO2max des femmes est inférieure à celles des hommes. Différence de masse musculaire : grâce aux effets de la testostérone, l’homme a une masse musculaire supérieure à la femme. Possédant plus de fibres rapides (type II), l’homme développe donc une force maximale et une force puissance supérieure. En contrepartie certains groupes musculaires (vaste latéral par exemple) renfermant chez la femme une plus grande proportion de fibres musculaires lentes (type 1) au fort potentiel oxydatif, leur permet de se fatiguer moins vite. De plus, pour un effort musculaire relatif (pourcentage identique de la force maximale), la femme utilise une quantité moindre de force absolue, ce qui entraîne une demande en oxygène et une compression vasculaire moins importante, facilitant ainsi l’irrigation sanguine. Utilisation des substrats énergétiques : si les hommes ont une plus grande capacité glycolytique pour des efforts submaximaux (env. 70% VO2max), ils consomment plus de glycogène que de graisses et leurs réserves s’épuisent plus rapidement. Le métabolisme féminin, en disposant d’une quantité inférieure d’enzymes glycolytiques (éléments nécessaires à la dégradation du glucose) privilégiera l’oxydation des graisses, source inépuisable d’énergie. Sans entrer dans une étude historique et sociologique, il est évident que des années d’éducation où il y avait le « mâle » guerrier ou chasseur d’un coté et la « femelle » nourricière et protectrice de l’autre, laissent des traces dans le capital émotionnel de chacun. Encore aujourd’hui ce capital émotionnel «social » développé (sens de l’écoute, empathie, souci du service, etc.) pousse souvent les filles vers des activités à caractère social ou humain. A l’inverse, les garçons dotés d’un fort capital émotionnel « personnel » se dirigent plus vers des filières et des postes « compétitifs » scientifiques. D’ailleurs malgré l’évolution de l’éducation, les filles restent moins habituées socialement à être dans la compétition et sont souvent rebutées par la confrontation. Les chercheurs sont d’accord pour considérer que le cerveau gauche (plus dédié au langage et aux sentiments) est plus utilisé chez les femmes et le cerveau droit (spécialisé dans le raisonnement et le traitement des informations visuospaciales) chez les hommes. Globalement, la femme est plus portée sur le partage verbal et la communication, tandis que l’homme est centré sur l’action et la compétition. Il en résulte des différences dans la compréhension hommes-femmes : - Le discours masculin, direct et sans fioriture est perçu comme agressif par les femmes (étude Doreen Kimura – Canada). Pour un homme et son monde très hiérarchisé, il est normal de s’exprimer à l’impératif (impératif ne veut pas dire agressif si le ton est poli).
Hormis les différences de niveau d’expertise individuel, le développement de la tactique, la technique et des qualités physiques est identique pour les hommes ou les femmes. Dans la logique sportive il n’y a pas d’entrainements spécifiques « garçons » ou « filles ». Dans les sports d’équipe la constitution de collectifs par sexe est due le plus souvent à des raisons d’organisation. Beaucoup de sports individuels mélangent les athlètes des deux sexes sans influencer négativement les performances. Au contraire, je pense même que cette mixité est favorable à la réussite de chacun, car les filles iront chercher une confiance chez les garçons, qui eux même s’investiront plus dans leur projet d’entrainement. Par contre le message associé à cet entrainement doit être différent si l’entraineur s’adresse à des sportifs ou à des sportives. Sans cela il y a de gros risques de voir l’athlète féminine se désintéresser de l’entrainement ou d’assister à l’explosion du groupe. La réussite avec les filles passe par une prise en compte de la psychologie féminine et la mise en place d’une communication spécifique. Pour un athlète masculin, le plus important c’est l’action, la confrontation, la compétition. Il faut un gagnant et un perdant, et il va se centrer uniquement sur le résultat. Pour une femme la victoire en elle même n’est pas la motivation principale dans la majorité des cas. C’est la manière qui importe, la maitrise de la tâche, car elle veut être « appréciée ». Personnellement, cela a une influence sur le feedback que je fais après une compétition. Si pour les athlètes des deux sexes je fais une analyse « technique » du combat 1 ou 2 jours après celui-ci, le but étant de comparer ce qui était prévu et ce qui s’est réellement fait, je fais en plus, et presque à l’issue de la rencontre, un feedback « motivationnel » pour les filles. Celui-ci est destiné à analyser la « manière » d’avoir combattue, de s’être comportée pour faire gagner de la confiance à l’athlète. Il faut faire preuve d’empathie et de qualité d’écoute. En général, les filles sont beaucoup disciplinées collectivement mais aussi individuellement que les garçons. En contrepartie elles veulent des entrainements plus bornés dans les consignes et prennent souvent moins d’initiatives lors des entrainements. Il faut aussi apporter plus d’informations pour étayer le choix des exercices. Les sportives estiment en général leur propre valeur de façon réaliste et acceptent la supériorité dans le jeu d’une autre joueuse. Elles sont par contre très sensibles à la façon d’être perçue dans le groupe et à leur propre place dans celui-ci. Le leadership sera bien mieux accepté s’il est de type démocratique. C’est pourquoi l’entraineur doit être très vigilant à la dynamique du groupe et à l’équité dans celui-ci. Contrairement aux garçons qui ont beaucoup moins d’affectif pour le groupe, les filles le recherche ainsi que le partage émotionnel. Il faut faire attention au temps passé avec l’une ou l’autre, car la relation duelle à l’entraîneur étant privilégiée, cela pourra engendrer des risques d’« explosions » plus tard dans la saison. Chez les femmes, le niveau d’anxiété est souvent plus élevé que chez les hommes. Elles ont besoin d’être rassurées non seulement sur leur potentiel, mais surtout sur la confiance dont l’entraineur leur témoigne. Ce besoin de valorisation et de confiance en soi est un réel facteur de performance pour les athlètes féminines. Il ne faut pas que l’entraineur hésite à répéter à son athlète la confiance qu’il a en elle de réaliser une performance, sans entrer dans un schéma de « gourou – disciple » cette confiance dégagée par l’entraineur va être rassurante pour la sportive. Cela a une influence dans le discours à adopter pour les filles. Dans les sports d’opposition elles seront peu réceptives aux mots « combat » ou « agressivité » par exemple. Il faut moins leur parler de l’affrontement lui-même que de leur capacité personnelle, leur potentiel, le travail qu’elles ont réalisé, la confiance que l’on a en elles. Une autre différence relevée régulièrement par les entraineurs entre filles et garçons est l’approche de la confrontation directe à l’entrainement et en compétition. Les filles n’aiment pas cette confrontation « one-to-one » où il faut faire preuve d’une réelle agressivité par rapport à l’autre pour gagner. Elles éprouvent le besoin de préserver leur capital confiance en évitant les situations, les exercices ou les concurrentes génèrent des confrontations directes. Cela pose des problèmes lorsqu’on arrive au Haut Niveau où les différences entre 1ère et 2ème se jouent sur ces qualités de combattantes « sans pitié ». Le travail de l’entraineur et/ou du préparateur mental est de créer une saine agressivité permettant d’exprimer la plus grande envie de gagner. En boxe pieds-poings on utilise souvent le « combat test » comme point de situation à l’approche d’une échéance. Ce combat souvent disputé contre des adversaires changeant à chaque reprise est destiné à recréer une situation de stress physique et psychologique s’approchant de la compétition réelle. On se doute que l’athlète sous test va être malmené. C’est donc un exercice que j’utilise très rarement avec les filles; elles risqueraient d’en sortir avec des doutes inhibiteurs pour les performances futures.
On comprend qu’être entraineur de filles ou de garçons c’est bien le même métier : planifier, organiser et conduire l’entrainement pour amener l’athlète au top de ses possibilités au moment de la rencontre. Mais la communication doit être différente, spécifique. La notion de contact est différente, le besoin de valorisation et de confiance en soi pour les filles est un facteur de performance. Le coach doit justifier et expliquer ses choix et modifier son discours d’avant compétition. Avec les filles il doit centrer celui-ci sur la confiance, avoir un comportement inspirant calme et sérénité, démontrant la confiance en elle(s). Il faut l’empathie et une grande qualité d’écoute... Mais attention cela peut être un exercice difficile où on peut se tromper et s’égarer en chemin(1). Alors cette communication est-elle impérative pour réussir à mener les athlètes féminines à la victoire ? Je pense que oui, surtout dans le cas de pays ou de disciplines où le vivier de championnes est plus réduit que celui des garçons et où elles sont moins médiatisées. Les entraineurs dont je fais partie ne sont pas renommés ou mondialement reconnus et ils se mettent « à la disposition » de leurs athlètes féminines. Mais certainement que si la discipline contient un nombre de « candidates » important ou que des pays (Russie, Chine, Brésil…) ont des filles aux situations sociales défavorisées, le discours ne sera plus différent que celui transmit aux garçons. Un bien ? Un mal ? Une égalité « femme – homme » ? Je pense que l’individualisation de l’entrainement est une évidence. Qualité contre quantité. Chacun fait son choix… (1) Attention à ne pas tomber dans une idée d’appropriation « Entraineur – entrainé(e) ». Le discours de l’un ou l’autre est souvent gorgé d’adjectifs possessifs : « mon athlète, mes filles, mon équipe, mon entraineur, etc… » Si les résultats sont bons, cette possession symbolique est renforcée. L’entraineur se voit alors attribué les performances de l’athlète, se projette même parfois à la place de celui-ci. En retour l’athlète idéalise l’image de son entraineur au-delà de sa compétence technique…
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