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Le blog du coach > Certains entraineurs en font-ils trop ?


La médiatisation dans le sport ne concerne pas que les équipes et les sportifs. Certains entraineurs sont plus célèbres que d’autres voire même que nombre d’athlètes. Leur palmarès, leur charisme et leur goût pour la rhétorique en font de bons clients pour les médias et le public. Mais la surexposition médiatique doublée d’un goût pour la provocation peut parfois desservir leur club ou leurs sportifs. José Mourinho, entraineur du club de football du Real Madrid et Philippe Lucas, entraineur de natation et de Laure Manaudou au temps de sa gloire sportive, sont de bons exemples de ce genre d’entraineurs compétents et reconnus mais parfois « borderline ».


Le rôle premier de l’entraîneur est d’amener une équipe ou un athlète à son meilleur niveau pour disputer et gagner des compétitions. Expert de la technique et de la tactique, il doit motiver ses athlètes pour qu’ils dépassent leurs limites. Au-delà de ce rôle de technicien, l’entraineur doit aussi souvent faire preuve d’un solide sens psychologique pour désamorcer les conflits, ménager les susceptibilités et soutenir ses sportifs en cas d’échec.
Suivant la discipline sportive, le club, le niveau de pratique et la popularité de l’équipe ou des athlètes, la médiatisation accompagnant le quotidien de l’entraineur est différente. En plus des 2 domaines habituels d’expression que sont la production d’athlètes et la communication avec eux, l’entraineur devra communiquer vers l’extérieur, principalement les médias.
Il devra justifier ses choix, expliquer les raisons des contre-performances éventuelles et protéger ses sportifs de la pression. La popularité d’un entraineur grandit grâce à ses bons résultats et l’allongement de son palmarès. C’est quelqu’un qui réussit à fédérer les sportifs autour de son projet pour tirer le maximum de leur potentiel. Si en plus de ces qualités il s’avère doué pour la communication avec les journalistes, il a de grandes chances de devenir un bon client pour la sphère médiatique friande de discours sans langue de bois.

José Mourinho José Mourinho et Philippe Lucas en France font parti de cette catégorie de coachs faisant fréquemment le buzz dans les médias. Sportivement ils ont des palmarès extraordinaires et personne ne peut mettre en doute leurs compétences technico-tactique et de gestion globale sportive. Leurs interventions en conférence de presse ou interview débouchent souvent sur « quelque chose » qui va faire parler. Ils jouent de leur art oratoire pour mettre la pression sur les autres ; adversaires, arbitres, entraineurs ou responsables fédéraux. On peut imaginer aussi que c’est une façon de protéger leurs propres athlètes, que tant qu’on parle d’eux-mêmes, les sportifs sont moins sollicités. Sur ce point je pense que c’est surtout l’attirance pour la lumière, l’envie de briller devant les médias et de ramener les performances à eux qui explique
cette occupation du terrain médiatique. Pour J. Mourinho ou P. Lucas, tous deux dotés d’un ego surdimensionné, les rôles sont clairement définis : ils dirigent et parlent, et les sportifs obéissent et s’entrainent. Cette attitude donne l’impression parfois que les sportifs sont relégués au rang de faire-valoir.

" En 2009 il avait été licencié par son club de Canet après avoir traité les responsables de « petite bande de pipes » "

Le danger de l’ultra-médiatisation est de déraper dans les propos, surtout quand les résultats sont moins bons. J. Mourinho ou P. Lucas sont des gagnants sûrs d’eux et ils ont surement bien du mal à accepter qu’une baisse des résultats soit de leur faute. Lors des demi-finales de la ligue des champions 2011 jouée contre Barcelone, J. Mourinho s’en ai pris violemment à l’arbitre, à l’entraineur barcelonais Pep Guardiola et aux instances du foot espagnol. En 2004, P. Lucas avait eu une passe d’arme violente avec le DTN en place qui avait émis un avis réservé sur un record de Laure Manaudou et en 2009 il avait été licencié par son club de Canet après avoir traité les responsables de « petite bande de pipes ».
Leur égo les amène aussi à penser qu’ils ont toujours raison et que leurs choix ou méthodes n’ont pas à être discutés. Se prenant pour un génie, J. Mourinho a eu des choix de tactiques et de joueurs plus que surprenant lors du match retour contre Barcelone. Dans l’obligation de marquer 2 buts, il a choisi de faire jouer 2 joueurs revenant de blessures et de laisser sur le banc l’attaquant Karim Benzema qui était en plein boum. Les choix ont été perdants, mais de nouveau l’entraineur a rejeté la faute sur l’arbitrage…
En 2007, Philippe Lucas n’a pas hésité à traiter publiquement Laure Manaudou de « grosse feignasse » lorsqu’elle avait dit qu’elle ne supportait plus physiquement les lourds entrainements quotidiens imposés. On a connu plus classe comme déclaration même si celle-ci a été prononcée lors de leur « divorce ».

Ces dérapages ont un impact négatif dans l’opinion publique : l’équipe du Real Madrid n’est pas sorti grandi de cette confrontation entre le jeu frileux proposé, la communication guerrière assénée lors des conférences de presse et la position de victime éternelle choisie par J. Mourinho.
Pour P. Lucas, après avoir été celui qui a participé a la belle carrière de Laure Manaudou et à la médiatisation de la natation en France, il a souvent écorné cette image en se posant lui aussi en éternelle victime et en balançant à répétition des amabilités sur la natation française, ses cadres et même sur son ex-protégée (« Elle a déjà du mal à passer le code, alors ça va pas être facile» en évoquant son adaptation en Italie et l’apprentissage de la langue.)

Alors, ces entraineurs maitres communicants en font-ils trop ? Ce qui est certain c’est qu’ils agacent ou fascinent mais ne laissent pas indifférents. Si on se place en tant que « spectateur » on ne peut que s’en réjouir car les entraineurs taiseux ou adeptes de la langue de bois n’ont rien d’emballant. En revanche si on a une vision d’éducateur, c’est moins gai car les dérapages ne sont pas toujours empreints de respect ni de politesse.
Mais les entraineurs de haut niveau sont d’abord là pour remporter des titres, car finalement seule la victoire est belle et gage de leur popularité. Et ils ne renieraient certainement pas la phrase de Mohamed Ali « Les gens humbles ne vont jamais très loin ».

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