Bête d’entraineur ou entraineur bête

Christophe FRANCK - 2017-08-12

Un bon entraineur doit-il inspirer de la crainte pour les sportifs qu’il entraine. Certaines images de colères d’entraineurs sur les bords de terrains de football, d’handball ou encore de bassins de natation pourraient accréditer cette idée. Mais faut-il que les joueurs, les nageurs ou les sportifs en général aient peur de leur entraineur pour maintenir le cap vers l’objectif fixé et donner le meilleur d’eux-mêmes. En allant plus loin, peut-on imaginer que créer volontairement de la crainte est un mode de management efficace dans le sport.

Evidemment, la question posée ci-dessus est volontairement provocatrice et je ne chercherai pas à défendre cette idée. Pourtant, j’ai vu, et je vois encore, quelques entraineurs, souvent susceptibles, ombrageux, parfois colériques, qui ont un mode de gestion autoritaire voire dictatoriale. Mais je ne les vois pas souvent faire performer les sportifs qu’ils dirigent, en tous cas, pas sur la durée. D’ailleurs, ces coachs sont généralement en charge de groupes qui ne vont pas remettre frontalement leur autorité en question. Ils devraient s’interroger sur le bienfondé de cette gestion qui exclue les athlètes du projet global et les prive donc d’une adhésion totale à celui-ci. De plus, l’ambiance est rarement extraordinaire dans les groupes gérés durement car le dialogue n’existe pas. Cela ne peut que déboucher sur des incompréhensions, des vexations, des frustrations et du désengagement.

L’entraineur est-il l’œuf ou la poule

Carlo Ancoletti, patient et pédagogue avec ses joueurs

J’ai souvent l’impression que ces entraineurs dictateurs se trompent sur une chose : leur place dans le projet d’entrainement. Carlo Ancelotti (entraineur de football, plusieurs fois vainqueur de la ligue des champions) : « Quand en tant qu’entraineur, tu dois abuser de ton autorité, c’est qu’il y a un problème. Je préfère avoir un rapport sincère avec les joueurs. On est au même niveau, il n’a pas un statut plus élevé. » Voilà, c’est dit : l’entraineur ne doit pas se sentir supérieur aux sportifs dont il a la charge, quelques soient leur âge et leur niveau. Au contraire, il doit s’adapter à eux qui sont au centre du projet sportif. Pour rappel, l’entraineur intervient dans deux domaines : la production des sportifs – détermination des objectifs, planification des étapes, choix des programmes, individualisation, etc. - et la communication – type de management, préparation psychologique, gestions de conflits éventuels, feedbacks positifs, écoute empathique, etc. -. Quelles que soient ses connaissances techniques, s’il n’est pas dans l’échange, alors il ne s’occupe pas correctement des sportifs.

Fais-moi confiance…

A l’inverse, certains ne se sentent peut-être pas tout à fait légitimes dans leur rôle à cause d’un manque d’expérience. Lorsqu’on débute une carrière d’entraineur, dans un sport professionnel ou amateur, on peut parfois avoir peur d’un manque de crédibilité, sentiment d’autant renforcé si on n’a pas été un champion reconnu de la discipline. On arrive avec ses idées et il faut parfois un peu de temps pour les traduire en programme cohérent compris et partagé par les sportifs. Ce n’est pas pour autant qu’il faille prendre une position distante. La crédibilité d’un entraineur ne se joue pas sur son statut, sur son passé, mais plutôt sur sa capacité à s’adapter aux individus, à fédérer son groupe pour construire un projet commun dans lequel chacun va s’investir. S’il est expérimenté, il doit « oublier » ceux avec qui il a réussi pour se remettre à chaque fois en question et se réadapter aux nouvelles personnalités, aux nouveaux caractères, aux nouveaux rêves de chacun. Philippe Lucas (entraineur de natation, dont la nageuse la plus connue était Laure Manaudou) : « Il faut que l’athlète croie en toi. S’il n’a pas totalement confiance, ça va être très compliqué. »Philippe Lucas et Laure Manaudou durantles championnats du monde de natation à Melbourne, en 2007.  REUTERS/David Gray

L’entraineur n’a pas besoin d’être dur ; strict oui, mais dur, distant ou froid, non. Il peut être amical, il doit être bienveillant et faire preuve d’empathie pour créer un lien avec l’entrainé. Ce lien qui permet de former une équipe soudée et solidaire nécessaire pour progresser durablement et performer. S’il y a nécessité de recadrer un sportif vers l’objectif défini ensemble, alors il faut user de finesse, de maitrise et de psychologie pour être efficace sans détruire la confiance. Evidemment ce n’est pas toujours facile.  Philippe Lucas : « Le plus difficile [dans le métier d’entraineur], c’est la gestion de l’humain. L’humain c’est très complexe et surtout ça ne pardonne rien. »

C’est l’histoire d’un fou…

Evidemment, être entraineur c’est être un peu fou : on peut être évincé en cas de mauvais résultats, il faut être curieux, inventif, ouvert, patient et… très disponible. De plus, lorsqu’un sportif gagne, c’est lui le champion, pas l’entraineur, surtout dans les sports individuels. Cela n’enlève pas l’envie de réussir, d’aider à progresser et à faire gagner. De toute façon, en cas de victoire, l’entraineur n’est pas celui qui en profite le plus. Il doit souvent anticiper la rencontre suivante, rationaliser et analyser objectivement les éléments de la compétition. Alors ça enlève beaucoup à l’euphorie de l’instant.  Claude Onesta (sélectionneur de l’équipe de France d’handball, plusieurs fois championne Olympique, du monde et d’Europe) : « Le coach doit être celui qui est en décalage avec les évènements. Le coach c’est le poil à gratter quand tout le monde a perdu le sens de la réalité, et à l’inverse il est le mec qui remonte son groupe quand tout le monde est noyé au fond de la piscine, alors même qu’il est peut-être celui qui est le plus meurtri. Le coach doit être le contrepoids de l’évènement. »

Claude Onesta aime s'occuper des autres et ils le lui rendent bien

Mais il y a des compensations : celles du partage des histoires humaines. Claude Onesta : « J’aime m’occuper des autres. Surement parce que ça me fait du bien à moi. Tout simplement parce que je me nourris de cette relation avec les autres. » Et l’entraineur peut vivre parfois des aventures fortes et uniques, comme Toni Nadal, entraineur de son neveu Rafaël : « Je ne voulais pas être entraineur, je voulais entrainer Rafaël. »

Tous ensemble, tous ensemble…

L’autocratie est difficilement compatible avec la gestion d’un projet sportif. Le sport est fait d’émotions, de hauts et de bas, de défaites et de victoires, de don de soi, de rêves. Un projet sportif se construit en équipe et doit être conduit en équipe. L’entraineur en est le gestionnaire mais en aucun cas le propriétaire. Il ne peut donc pas être craint. Il doit être respecté. Comme il respecte ses sportifs et tous les membres de son équipe.

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