La traumatologie sportive et les soins adaptés

Christophe FRANCK - 2016-03-09

Lorsque le sportif tend vers la performance, il doit pousser son corps dans ses retranchements. L'intensité élevée des entrainements répétés et des compétitions, les chocs reçus, ainsi que le stress engendré sont des facteurs de blessures physiques. Dans le but de ne pas provoquer ou aggraver un traumatisme, ainsi que d'accélérer la guérison, il est indispensable de savoir reconnaître ces blessures, diagnostiquer leur gravité, connaitre les gestes de base ainsi que les éviter au maximum par des moyens préventifs.
Article réalisé en collaboration du docteur Christelle MICALLEF

Les blessures les plus courantes en sport

Dans la pratique sportive, deux types de blessures sont rencontrées :

  • Les blessures ligamentaires, articulaires et musculaires ;
  • Les blessures occasionnées par des chocs.

Le cas des fractures ne sera pas traité dans cet article. En effet le traitement d'une fracture est du ressort médical voire chirurgical. Il est difficile sauf en cas de fracture ouverte (l'os est cassé et pousse ou déchire la peau) de déceler ce type de traumatisme sans radiographie ou autres examens médicaux. Les symptômes peuvent parfois se rapprocher de ceux d'entorses ou luxations décrites ci-dessous.
La conduite à tenir en cas de doute est de ne pas déplacer le blessé et de le placer dans une position confortable en attendant les secours.

Les blessures ligamentaires, articulaires et musculaires

L'entorse :

  • Définition : lésion traumatique résultant d'une distorsion brutale de l'articulation. Il y a élongation ou arrachement des ligaments mais pas de déplacement permanent des surfaces articulaires.
  • Diagnostic : la douleur, la tuméfaction et la difficulté à bouger l'articulation sont les principaux symptômes de l'entorse.
  • Traitement : application immédiate de glace, puis strapping/contention souple (élastoplaste) ou traitement orthopédique (plâtre) dans les cas graves ou trop répétés. ou chirurgical. Rééducation avec des séances de kinésithérapie.
  • Délai de guérison : en cas d'entorse bénigne (ou foulure) la durée de traitement est de trois semaines environ, et d'une manière générale d'environ six semaines.

La luxation :

  • Définition : lésion résultant d'une distorsion brutale de l'articulation. Il y a élongation ou arrachement des ligaments et déplacement permanent des surfaces articulaires.
  • Diagnostic : douleur insupportable, proéminence osseuse due au déboitement et impotence fonctionnelle.
  • Traitement : remise à "chaud" par un professionnel ou traitement chirurgical.
  • Délai de guérison : 4 à 6 semaines avec séances de kinésithérapie et reprise progressive.

Les crampes :

  • Définition : contraction soudaine, intense, involontaire et passagère d'une partie ou de la totalité d'un muscle. Sa durée est variable et généralement brève. Elle est due à :
    • Une perte importante de sels minéraux et d'eau au cours d'une grosse transpiration ;
    • Un manque d'oxygène sur un muscle mal préparé ou mal adapté à l'effort.
  • Diagnostic : douleur soudaine et intense accompagnée de la contraction d'un muscle.
  • Traitement : étirer doucement le muscle en massant la zone contractée. Prendre des boissons riches en magnésium et minéraux.
  • Délai de guérison : temps de disparition de la contraction et de la douleur.

La contracture :

  • Définition : contraction musculaire involontaire d'un certain nombre de fibres musculaires d'un muscle ou d'un groupe de muscles. Elle se différencie de la crampe par une durée beaucoup plus longue.
  • Diagnostic : douleur très localisée ressentie après l'exercice et pendant les moments de repos. Si l'effort est poursuivi, le muscle se raidit de plus en plus et la douleur devient sensible puis handicapante au cours de l'exercice. Un point dur se révèle à la palpation.
  • Traitement : mise au repos et application de compresses chaudes enveloppées dans un linge sur la zone douloureuse. Massages voire exercices de kinésithérapie avec mise en étirement progressif après quelques jours. Possibilité de traitement médical avec décontracturants musculaires et antalgiques contre la douleur.
  • Délai de guérison : 2 à 3 jours d'arrêt.
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L'élongation :

  • Définition : étirement des fibres avec micro-rupture des vaisseaux.
  • Diagnostic : douleur vive lors de l'effort perçue sur toute la longueur du muscle.
  • Traitement : pose de glace dans un 1er temps et repos tout le temps de la perception de douleur. Ensuite massages légers (après 2 à 3 jours) voire traitement par un kinésithérapeute.
  • Délai de guérison : reprise de l'entraînement après 10 à 15 jours d'arrêt.

Le claquage et la déchirure :

  • Définition : rupture subite complète ou incomplète de fibres musculaires en un point précis.
  • Diagnostic : douleur très vive immédiatement suivie d'une impotence du sujet. Un hématome localisé peut être perceptible.
  • Traitement : application immédiate de glace pour refroidir la zone concernée et repos. Si de très nombreuses fibres musculaires sont rompues, on est en présence d'une déchirure musculaire qui nécessite un traitement médical avec prise d'anti-inflammatoires.
  • Délai de guérison : 4 à 6 semaines voire plus en cas de déchirure profonde avec séances de kinésithérapie et reprise progressive.

La tendinite :

  • Définition : inflammation douloureuse d'un tendon.
  • Diagnostic : douleur à la palpation et à la mise sous tension du tendon, sensation d'accrochage douloureux lors des mouvements mettant en jeu le tendon suivant le moment d'apparition de la douleur. On distingue des stades différents, allant de la douleur au bout d'un certain temps d'entraînement à la douleur permanente sans disparition de la douleur entre les entraînements.
  • Traitement : repos et/ou immobilisation par contention, prise d'anti-inflammatoires non stéroïdiens et d'antalgiques, séances de kinésithérapie, ostéopathie.
  • Délai de guérison : 15 jours à 6 semaines suivant le stade de la tendinite.

Les blessures occasionnées par des chocs

Les blessures suivant les zones concernées :

  • La tête : les chocs à la tête peuvent entraîner différents traumatismes tels que commotion cérébrale ("KO"), coquards et plaies à l'arcade sourcilière, aux lèvres ou aux gencives, hémorragie du nez, fracture du nez ou de la mâchoire. D'autres cas plus rares peuvent être générés par des chocs comme des lésions cérébrales, fractures du crâne, hémorragies de l'oreille interne ou externe, plaies du cuir chevelu, lésions de l'œil.
  • Le buste : les dommages causés les plus graves concernent essentiellement le foie, le plexus solaire et les côtes. Des chocs reçus sur ces zones peuvent entraîner une perte de connaissance ou un étouffement (par blocage du diaphragme) ou encore des traumatismes aux côtes (hématomes, fêlures ou fractures).
  • Les membres : En sport de contact, les blessures les plus courantes seront les contusions sur les quadriceps, les plaies et ecchymoses sur les tibias ou les avant-bras ou encore les traumatismes sur le genou.
  • Les mains et les pieds : Il s'agit là non pas des coups reçus mais de ceux portés comme en boxe ou ats martiaux par exemple. Métacarpes ou métatarses, phalanges ou orteils ainsi que poignets ou chevilles peuvent être endommagés par des blessures bénignes à graves.

La contusion :

  • Définition : lésion créée par un écrasement des fibres musculaires lors d'un choc externe violent donné directement sur le muscle.
  • Diagnostic : douleur musculaire localisée et difficulté à faire bouger les muscles de la partie atteinte voire impotence fonctionnelle. Apparition d'ecchymose (un "bleu"), d'hématome (sang répandu dans le muscle) ou même d'œdème (renflement sous cutané du à l'accumulation intratissulaire de liquides).
  • Traitement : application immédiate de glace et repos. Surtout pas de massage avant 3 ou 4 jours pour ne pas favoriser de nouveaux saignements dans le muscle (vasodilatation). Bandage compressif mais serré modérément. Traitement médical anti douleur, anti inflammatoire et anti œdème suivant l'importance de la blessure.
  • Délai de guérison : reprise de l'entraînement suivant gravité après 8 jours d'arrêt minimum.

La commotion cérébrale :Le cerveau vient cogner la boite cranienne los du choc et du déplacement du cerveau

  • Définition : ébranlement du cerveau, consécutif à un choc qui perturbe son fonctionnement. Le degré de gravité varie de sensations de vertiges jusqu'à la perte de connaissance.
  • Diagnostic : mesurer la gravité du trouble :
    1. Le blessé répond normalement aux questions et suit une conversation.
    2. Il répond seulement aux questions directes.
    3. Il répond vaguement aux questions.
    4. Il obéit aux ordres.
    5. Il réagit seulement à la douleur.
    6. Il ne réagit plus du tout.
    En fonction des résultats, la commotion est classée de gravité :
    • Gravité légère : confusion, pas d'amnésie, pas de perte de conscience.
    • Gravité modérée : confusion et amnésie, pas de perte de conscience.
    • Gravité sévère : perte de conscience.
  • Traitement : enlever le protège-dents si présent, couvrir le sportif, le mettre au repos. En cas de perte de vigilance, placer le blessé en position latérale de sécurité (PLS) et appeler les secours. Dans tous les cas la visite chez un médecin est impérative.
  • Délai de guérison : ce délai est lié au degré de gravité. Dans tous les cas même en cas de gravité légère, la reprise doit se faire après un temps de repos et une reprise progressive où aucun nouveau choc ne peut être subi. Dans les autres cas, c'est le domaine médical qui donnera les délais et modalités de reprise.

Les sports recherchant le hors combat suivent les hors combats cérébraux en les notifiant sur un passeport sportif par exemple (en Savate boxe française) du boxeur pour une gestion de santé rigoureuse. Si ceux-ci sont subits à l'entraînement, il faut respecter de la même façon les délais et traitements car il en va de la santé du sportif.

La prévention des blessures

La prévention des blessures est un domaine qui concerne le sportif lui même mais aussi l'entraîneur. Certains de ces actes préventifs sonnent comme une évidence mais sont pourtant loin d'être toujours respectés :

  • Un bon échauffement général et spécifique accompagné d'une progression de l'intensité dans l'entraînement : élèvation de la température corporelle, facilitation de la vascularisation locale des muscles actifs, des apports en oxygène, en nutriments, facilitation de l'activation neurotransmettrice, de l'extensibilité musculaire, favorisation de la réalisation de mouvements de plus grande amplitude articulaire. En compétition, l'échauffement augmente la vigilance.
  • Du renforcement musculaire spécifique des régions sollicitées.
  • Des exercices adaptés à l'état de forme (retour de blessure par exemple) et au niveau de pratique du sportif ( l'individualisation).
  • La gestion du surentrainement par une planification rigoureuse.
  • Une hydratation et une diététique adaptées au sportif.
  • La gestion de la récupération post séances (étirements, repos, massages, cryothérapie, etc.).
  • La gestion des temps de récupération entre les rencontres.
  • Un emploi de matériels adaptés et port de protections (casque, protège-dents, protège-tibias, gants de boxe plus gros, etc.).
  • La correction de la technique.
  • L'utilisation de vaseline lors des combats de boxe pour éviter les plissements et coupures de la peau.

La liste n'est pas exhaustive et fait appel au bon sens. Il est véritablement du ressort de l'entraineur de vérifier et de responsabiliser le sportif dans le respect de ces consignes.

L'impact du stress sur les blessures

La gestion du stress est actuellement très étudiée pour son rôle dans la prévention des blessures (intervention de type préparation mentale) :

  • Soit en cherchant à modifier les mécanismes cognitifs d'interprétation de la situation (travail sur les causes);
  • Soit en travaillant sur les mécanismes physiologiques et attentionnelles du stress (travail sur les conséquences).
Etudes réalisées en 2005 et 2007 sur des footballeurs élites, des rugbymen et des danseuses classiques (ref : ?)
Trente-deux athlètes des trois disciplines ont été séparés en deux groupes. L'un a suivi la préparation présentée ci-dessous, l'autre n'a suivi aucune préparation mentale spécifique.
Six séances de préparation mentale de 45 à 90mn + deux relances téléphoniques au cours des six mois consécutifs à l'intervention.
Le suivi des blessures durant les six mois suivant l'intervention a donné des résultats très significatifs :
  • 21 blessures réparties sur 13 joueurs dans le groupe non préparé mentalement ;
  • 3 blessures réparties sur 3 joueurs sur le groupe expérimental.
La prise en compte de la gestion du stress chez le sportif ne doit donc pas être négligée dans le cadre de la prévention des blessures.

La trousse médicale de premier secours

Les gestes de première urgence peuvent être réalisés grâce à des produits de soins détenus dans la trousse médicale d'urgence. Celle-ci doit être à portée de main du responsable de la séance d'entrainement ou du coach en compétition si il n'a pas de staff médical adjoint.
Les produits indispensables en boxe par exemple :

  • Froid : glace, bombe spray, packs froid instantané ;
  • Pansements et stéristripes ;
  • Compresses stériles ;
  • Bandes, élastoplaste ;
  • Vaseline hémostatique ;
  • Produits désinfectants ;
  • Gel ou lotion à l'arnica, doses arnica homéopathiques ;
  • Ciseaux ;
  • Gants stériles ;
  • Cotons tiges ;
  • Mèches nasales ;
  • Couverture de survie.

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