L’impact du Ramadan sur la performance sportive

Christophe FRANCK - 2019-05-03

Bien des entraineurs ont eu en charge des athlètes, joueurs ou combattants faisant le Ramadan. Nombre d’entre eux, et moi le premier, ont géré, un peu comme ils pouvaient, en fonction des sensations de leurs athlètes, des renseignements qu’ils avaient pris à gauche ou à droite, ou encore des préconisations alimentaires pour le sportif. Personnellement, j’ai souvent été surpris par la capacité de ces pratiquants du jeûne intermittent à maintenir un haut niveau de performance pendant ce temps de restriction alimentaire et hydrique. Le docteur Said Zerzouri (voir l’article « le test 45/15 intermittent pour le football ») a réalisé une étude de terrain très intéressante et exhaustive de l’impact du Ramadan sur les performances sportives au niveau de l’endurance, de la force et de la vitesse.

Ramadan et performance sportive - E-SPORTING-COACH.FR

L’étude est centrée sur la vérification de données ou conclusions de précédentes études, parfois contradictoires, de l’impact d’absence de nourriture, comme lors du Ramadan, sur la performance sportive. Il s’est intéressé à l’évaluation du poids corporel, aux facteurs de performances tels que la vitesse maximale aérobie, la puissance anaérobie alactique, la force explosive des membres inférieurs, et à la fréquence cardiaque maximale et après récupération.  

Conditions des tests

  • Dix footballeurs amateurs (étudiants) s’entrainant trois fois par semaine.
  • Un terrain d’athlétisme avec une piste de course de 360m.
  • Un pèse-personne pour déterminer le poids du corps des sujets.
  • Un chronomètre pour mesurer le temps sur 30m de marque Rucanor.
  • Un appareil qui ressemble à celui d’Abalakov déjà validé (Zerzouri 2015) pour mesurer la détente verticale.
  • L’enregistrement sonore du test intermittent-navette 45/15 (Zerzouri 2016) pour déterminer la VMA des sujets.
  • Un appareil pour relever le taux de glycémie de marque One Touch Vita.
  • Un cardiofréquencemètre de marque Polar m400 pour relever les fréquences cardiaques maximale, de repos et de récupération.
  • Des cônes et des plots

A l’issue de tous les tests (Téléchargez l’étude complète), les conclusions générales du Docteur Zerzouri sont les suivantes :

Pratiquer le sport dans un état de jeûne montre que l’organisme parvient à s’adapter et à retrouver ses ressources énergétiques pour continuer son activité dans de meilleures conditions sans altérer les qualités physiques. Le fait de s’abstenir d’alimentation et d’eau pendant 17 ou 18 heures dans le cadre d’un jeûne rituel intermittent, comme le cas du Ramadan, n’a pas d’impact sur certaines performances physiques basées sur la puissance et des efforts de courte durée.

Poids. Il a été constaté une diminution significative du poids corporel des sportifs en comparant la période d’alimentation normale à celle du mois de Ramadan. Cette diminution est due à la restriction alimentaire et hydrique durant la journée et à la diminution de la fréquence des repas (1 ou 2 maxi entre la rupture du jeûne et sa reprise). La perte est estimée à 2% du poids corporel total, selon la littérature. En revanche le poids est rapidement repris au retour de la période d’alimentation normale.

Glycémie. Une régulation de la glycémie a été noté malgré de longues journées pleines d’activités sans aucun apport nutritif. Cette restriction aurait dû logiquement conduire à l’épuisement des réserves musculaires du sportif, puisque les besoins énergétiques de l’organisme ne sont plus assurés correctement. Pour poursuivre l’exercice physique et maintenir un taux de glycémie entre 0,80 et 1 g/l, le corps à fait appel à d’autres sources énergétiques via la glycogénolyse et la néoglucogenèse ; ces processus mis en œuvre par le foie sont essentiels pour fabriquer du glucose. Ceci peut expliquer les résultats de la glycémie des sportifs pendant la période du jeûne qui, au lieu de diminuer, ont présenté une légère augmentation dans la période pré et post effort physique.

Récupération. Une difficulté pour récupérer est significative lors de la deuxième et la troisième semaine du Ramadan comparativement aux valeurs relevées lors de la période d’alimentation. La fréquence cardiaque maximale subie une légère augmentation. Le sportif risque donc de souffrir d’une moins bonne récupération lorsqu’il s’agit d’un exercice intense et répété.

Vitesse(s). Aucune différence n’a été constatée pour réaliser des performances identiques en particulier la vitesse maximale aérobie entre les différentes périodes du Ramadan et en dehors de ce mois.

La vitesse sur 30 mètres en ligne droite (donc la puissance anaérobie alactique) n’est pas non plus affectée par le jeûne.

Force. La force explosive des membres inférieurs augmente légèrement vers la fin du mois de Ramadan mais revient à son niveau initial peu de temps après un retour à une alimentation normale. Cette amélioration coïncide avec la perte de poids et celle du retour à la performance d’avant Ramadan coïncide avec la récupération des quelques kilogrammes perdus.

Puissance. Le Ramadan n’influence pas (négativement ou positivement) la réalisation d‘une performance maximale en puissance quand l’effort est unique. En revanche, la répétition d’efforts n’a pas été testée.

Conclusion générale. Le jeûne du Ramadan n’influence pas négativement les performances sportives pour des sportifs réguliers dans le cas d’efforts uniques. Des études supplémentaires seraient à mener pour vérifier son impact sur l’endurance intensive et sur la résistance à un enchaînement de sauts pliométriques répétés par exemple.

Merci au Docteur Zaïd Zerzouri. Téléchargez l’étude complète.